Aux origines de la cité

B1.3 rouffach dessin Dès les temps les plus reculés, l'homme s'est installé dans la région de Rouffach où il pouvait bénéficier d’un climat sec et ensoleillé, de terres fertiles et de plusieurs cours d’eau (l’Ohmbach, venant de la proche vallée de Soultzmatt et la Lauch, venant de la vallée de Guebwiller).

Les premières traces de présence humaine remontent au Néolithique (-6000). Si la présence de l’homme est également attestée à l’âge du bronze et du fer (-2200 à -50), les premiers grands travaux d’aménagement datent de la période gallo-romaine avec l’implantation d’un vicus romain (vaste exploitation agricole). Son emplacement a pu être identifié grâce à la découverte de vestiges remontant au Ier siècle : une villa romaine et des thermes ornés de très belles fresques et mosaïques ont été mis au jour sur la place de la République. Ces vestiges sont actuellement visibles au musée du Bailliage.

Etymologie : A l’époque romaine, la cité portait le nom de Rubeacum (ou Rubeaquum), qui signifierait « eau rouge » (du latin rube : rouge et aquum : eau) en raison de la présence de sédiments ferreux de couleur rouge dans l’Ohmbach.
D’autres analyses attribuent l’origine de ce nom au gallo-romain « Rubiacu » composé du prénom « Rubbius » et du suffixe « acu » (ou « ach » dans des régions sous influence germanique comme l’Alsace). Le nom de la cité évoluera au fil du temps (Pagus Rubeacus, Vicus Ruvacha, Rubiacum, Civitas Rubiacensis, Ruvach) jusqu’à devenir celui que nous connaissons aujourd’hui.

 

La ville au Moyen-Âge

Suite aux grandes invasions barbares (IVe au VIe siècle), les rois d’Austrasie viennent s’installer dans la cité et y font construire une résidence palatiale surplombant l’ensemble des habitations : le château d’Isenbourg.

La donation de Dagobert

En l’an 662, le roi d’Austrasie Dagobert II cède la ville à l’évêque de Strasbourg, Arbogast. La légende raconte que le seigneur des lieux a ainsi remercié l’évêque pour avoir miraculeusement sauvé son fils, le prince Sigebert, victime d’un accident de chasse.

La cité devient la capitale administrative des possessions de l’évêque de Strasbourg en Haute-Alsace, aussi appelée Haut-Mundat. La gestion de la ville et de la seigneurie est déléguée au bailli, représentant de l’autorité épiscopale résidant au château d’Isenbourg. En revanche, la paroisse de Rouffach est toujours placée sous l’autorité spirituelle de l’évêché de Bâle.

 

Les femmes de Rouffach

On raconte que le jour de Pâques de l’an 1106, le roi germanique Henri V (1081-1125) fit enlever une des plus belles jeunes filles au château d’Isenbourg où il séjournait. La mère de la jouvencelle exhorta les hommes de Rouffach d’aller délivrer sa fille, en vain. Elle réunit donc les femmes de la ville et, munies d’armes de fortune (faux, fourches, fléaux...), les courageuses femmes partirent à l’assaut du château.

Surpris d’une telle attaque, Henri V et sa suite s’enfuirent vers Colmar. Les Rouffachoises purent ainsi libérer la jeune fille et s’emparer des attributs royaux (couronne, sceptre, orbe), qu’elles allèrent déposer sur l’autel de l’église Notre-Dame. Depuis cet épisode, les femmes de Rouffach occupent le côté droit dans la nef de l’église Notre-Dame, traditionnellement réservé aux hommes…

 

Évolution de la cité

Simple coïncidence ou non, c’est également en 1106 qu’est décidé l’agrandissement de la première enceinte, une simple palissade de bois aux abords de l’église. Rouffach est de ce fait l’une des rares villes à être fortifiée aux XIe et XIIe siècles. Ce renforcement des remparts n’est pas vain : en 1198-1199, Philippe Duc d’Alsace et de Souabe ravage la cité.

Malgré ces épreuves, Rouffach parvient à se relever grâce à son commerce florissant. En 1238, elle prend ses distances vis-à-vis de l’autorité de l’évêque de Strasbourg, son seigneur temporel, en se dotant d’un conseil municipal. Avec cet acte, elle obtient le statut de ville. Autre gage de prospérité, l'Ordre teutonique installe à Rouffach sa commanderie d'Alsace-Bourgogne et une communauté franciscaine s’établit dans la ville en 1250. Au même moment, la cité atteint sa taille maximum et se dote d’une nouvelle enceinte.

Vers la fin du XIIIe siècle, Rouffach est assiégée par Adolphe de Nassau, roi des Romains. La cité parvient à résister et à le repousser grâce à ses fortifications qui sont renforcées, doublées et étendues au château d’Isenbourg en 1380. Il n’en reste aujourd’hui plus que le mur d’enceinte intérieur, ainsi qu’une des six tours qui dominaient l'agglomération (la « tour des sorcières »).

 

Guerre et peste

Lors de la guerre de Cent Ans (1337-1453), les Armagnacs, mercenaires licenciés par le roi de France Louis XI, se déversent sur l’Alsace. À l’instar des autres villes du pays et malgré ses fortifications, Rouffach est pillée en 1444.

Les épidémies ont aussi entaché l’histoire de Rouffach, notamment la grande peste noire du XIVe siècle qui reprend deux siècles plus tard. Les efforts de la population et du bailli se concentrent dans la lutte contre ce fléau, dont l’une des causes aurait été l’insalubrité de certaines habitations.

 

L’époque moderne

La Renaissance : âge d’or de la cité

Aux XVe et XVIe siècles, la ville s'enrichit et accueille de nombreux nobles, ministériels, communautés religieuses et corporations qui contribuent à son éclat. De nombreuses maisons de style Renaissance, souvent à oriels, sont encore visibles dans la cité.

Rouffach devient surtout un grand centre humaniste grâce à l’école latine du couvent des Récollets, qui forme des érudits tels que Jodocus Hahn dit Gallus, Conrad Kürschner dit Pellicanus, Conrad Wolfhart dit Lycosthènes et Materne Berler.

La guerre de Trente ans (1618-1648)

En 1629, Rouffach doit affronter une nouvelle épidémie de peste. Cela explique peut-être pourquoi en 1632, face aux Suédois et après la chute de Sélestat et Colmar, elle capitule sans même combattre.

Entre 1632 et 1648, Rouffach connaît une situation politico-socio-économique des plus précaires. Tour à tour soumise aux Suédois, aux Français et aux Lorrains, elle fait également l’objet de nombreux pillages. Le funeste souvenir du passage des Suédois est encore gravé dans le chœur de l’église Notre-Dame, où une plaque rappelle le massacre de plusieurs prêtres par les soldats étrangers.

A la fin de la guerre, lorsque Rouffach est à nouveau placée sous l’autorité de son ancien seigneur - l’évêque de Strasbourg - la ville est totalement ruinée.

Rattachement à la France

En 1663, Rouffach est rattachée au royaume de France gouverné par Louis XIV. Commence alors une longue période de paix, troublée seulement en hiver 1674-1675 par le passage des Impériaux puis par les troupes de Turenne, maréchal général des camps et des armées du roi de France. En 1755, la cité voit naître un autre futur chef d’armée : François-Joseph Lefebvre, qui sera Maréchal d’Empire et Duc de Dantzig sous Napoléon.

 

La Révolution française

En 1789 éclate la Révolution française qui conduit, le 1er février 1790, aux premières élections municipales. Rouffach est désormais une municipalité dirigée par un maire représentant de l’autorité républicaine, Ignace Voches. De capitale administrative du Haut-Mundat, elle est réduite au rôle de simple chef-lieu de canton.

 

Rouffach au XIXe siècle

Malgré l’implantation d’une entreprise textile en 1808 et l’essor de la manufacture de facteurs d'orgues Callinet, la ville conserve un caractère essentiellement agricole et viticole. Les derniers grands travaux datent du XIXe siècle : les fossés qui entouraient la ville sont comblés et l'architecte versaillais Maximilien Mimey entreprend la surélévation des tours de la façade. Seule la tour nord a pu être achevée, la construction de la tour sud étant interrompue par la guerre de 1870.

Suite à la défaite française, l’Alsace-Moselle est annexée à l’Empire allemand. De grands travaux sont entrepris entre 1870 et 1914, principalement la construction d’un nouveau lycée agricole et d’un hôpital psychiatrique départemental, tous deux inaugurés en 1909.

 

Les conflits du XXe siècle

La cité subit peu de destructions matérielles au cours de la première guerre mondiale, mais elle déplore en revanche 66 victimes, dont 3 victimes civiles.

Réintégrée à la France en 1918, l’Alsace est à nouveau annexée par l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Rouffach est soumise au régime totalitaire du IIIe Reich : germanisation forcée et interdiction d’utiliser la langue française, expulsion des juifs et des étrangers, travail obligatoire, incorporation de force... Au total, 77 Malgré-nous rouffachois tombent au combat.

Le 5 février 1945, la ville est libérée par les blindés du 4e régiment de spahis marocains au sud et par la 12e division blindée américaine au nord : les deux armées alliées réalisent leur jonction au carrefour central de la ville, avant de continuer ensemble leur marche vers l’Allemagne.Le monument aux morts inauguré le 6 mai 1956 sur la place de la République rend hommage aux Rouffachois victimes des dernières guerres.

 

Blason

B1.2 blason ville de rouffach Les armes de Rouffach se blasonnent ainsi : « D'azur à la Vierge de carnation assise sur un trône d'or, vêtue de gueules et d'azur, tenant de sa main droite une haute fleur de lys d'or, la tête couronnée et entourée d'une gloire de même, sur ses genoux l'Enfant bénissant de carnation, au nimbe crucifère d'or, un écusson de gueules à la bande d'argent brochant en pointe. » 

 

Sources :

  • FAUST, Pierre-Paul. Rouffach in Le Haut-Rhin. Dictionnaire des Communes. Colmar, 1982.
  • WALTER, Thiébaud. Abrégé de l'histoire de la ville de Rouffach. 1920.
  • WALTER, Thiébaud. Rouffach, son passé, ses curiosités et ses ressources. Éditions des Dernières nouvelles, 1928.